Du
07
au
11
juillet
1995,
tandis
que
la
guerre
en
Bosnie-Herzégovine
arrivait
à
sa
fin,
le
tristement
célèbre
massacre
de
Srebrenica
fut
perpétré.
Entre
7 000
et
8 000
hommes
Bosniaques
furent
tués
par
les
forces
serbes
de
Bosnie
alors
que
la
ville
était
censée
être
sous
la
protection
de
l’ONU
et
qu’elle
était
devenue
un
refuge
pour
tous
les
Bosniaques
de
la
région.
Le
19
avril
dernier,
ce
massacre
fut
qualifié
de
génocide
contre
la
communauté
musulmane
du
pays
par
le
tribunal
pénal
international
pour
l’ex-Yougoslavie.
Nous
sommes
le
11
juillet
2004
dans
la
commune
de
Potocari
située
à
quelques
kilomètres
de
Srebrenica
pour
la
neuvième
commémoration
du
massacre.
Un
mémorial
fut
inauguré
le
31
mars
2003
en
face
même
de
l’usine
dans
laquelle
tous
les
Bosniaques
de
Srebrenica
furent
entassés
avant
le
massacre.
Le
cimetière
du
mémorial
accueille
338
corps
identifiés
grâce
à
des
tests
ADN
qui
se
rajoutent
aux
600
enterrés
l’an
passé.
La
diplomatie
bosniaque
est
représentée
par
Mustafa
Ceric,
chef
de
la
communauté
musulmane
du
pays,
Sulejman
Tihic,
membre
de
la
présidence
du
pays
et
Tersic
Adnan,
président
du
conseil
des
ministres.
La
Serbie
est
représentée
par
Natasa
Kandic,
présidente
du
fonds
pour
le
droit
humanitaire
de
Belgrade
et
par
des
délégations
du
collectif
des
femmes
en
noir
et
des
jeunes
de
Serbie.
Les
hauts
responsables
de
la
République
Serbe
de
Bosnie
Herzégovine
ont
décliné
l’invitation
afin
de
se
rendre
à
Belgrade
pour
l’inauguration
de
la
nouvelle
présidence
de
la
Serbie
Monténégro.
Environ
10
000
personnes
venues
en
bus
des
quatre
coins
du
pays
sont
présentes
sous
une
chaleur
étouffante.
Les
discours
et
la
prière
ont
été
prononcés,
le
moment
est
venu
pour
les
familles
de
recouvrir
de
terre
les
338
cercueils.
La
foule
est
compacte,
les
femmes
pleurent,
crient,
s’évanouissent.
Le
bruit
sourd
de
la
terre
qui
tombe
sur
les
cercueils
accentue
la
pesanteur
de
l’atmosphère.
A Tuzla
où
est
entreposé
le
contenu
des
charniers
de
Srebrenica,
5 000
sacs
avec
des
restes
humains
s’entassent
encore
dans
des
entrepôts
réfrigérés.
Srebrenica,
le
soir
même.
Les
Bosno-Serbes
célèbrent
depuis
une
semaine
la
fête
orthodoxe
de
la
Saint
Pierre.
Tournoi
de
football
et
soirées
dansantes
devant
l’église
sont
au
programme.
Comme
tous
les
soirs,
l’ambiance
est
festive,
il
y a
la
musique
traditionnelle,
il
y a
toutes
les
générations
et
il
y a
surtout
de
nombreux
drapeaux
serbes.
L’atmosphère
de
fête
qui
règne
au
sein
de
la
communauté
Serbe
est
en
contradiction
complète
avec
le
deuil
de
la
communauté
Bosniaque
qui
pleure
au
même
moment
ses
milliers
de
disparus.
Cela
pose
la
question
de
la
situation
de
la
ville
9 ans
après
le
massacre.
Le
retour
difficile
des
réfugiés
bosniaques
:
Avant
la
guerre,
il
y avait
37
000
habitants
à
Srebrenica
dont
73%
de
Bosniaques.
Aujourd’hui,
il
y a
7 500
habitants
dont
85%
de
Bosno-Serbes
(1).
Créer
les
conditions
pour
encourager
le
retour
des
réfugiés
était
l’un
des
principes
centraux
des
accords
de
paix
de
Dayton.
A Srebrenica,
le
processus
de
retour
s’est
lentement
mis
en
place
à
partir
de
1999.
Le
dernier
recensement
datant
du
mois
d’avril
2004
fait
état
du
retour
de
seulement
2 320
Bosniaques
dans
la
ville.
La
majorité
des
30
000
réfugiés
Bosniaques
habitent
dorénavant
à
Sarajevo,
Zenica-Dobov
ou
Tuzla
(2).
Retourner
habiter
à
Srebrenica
est
un
choix
délicat
pour
les
réfugiés.
Ils
sont
toujours
propriétaires
de
leur
maison
mais
celles-ci
sont
souvent
habitées
par
des
familles
Bosno-Serbes
venues
repeupler
la
région
ou
doivent
être
reconstruites.
Les
intentions
de
retour
exigent,
par
ailleurs,
des
démarches
administratives
lourdes
qui
peuvent
être
ralenties
voire
bloquées,
par
des
autorités
inefficaces,
souvent
corrompues
ou
motivées
seulement
par
les
échéances
électorales.
La
situation
sociale
et
économique
de
la
région
n’encourage
pas
les
retours
des
réfugiés
qui
sont
souvent
des
femmes
seules
pour
qui
il
est
pratiquement
impossible
de
trouver
un
emploi
à
Srebrenica.
Il
y a,
enfin,
le
problème
des
champs
de
mines
qui
freine
encore
les
retours
malgré
le
travail
de
déminage
des
Unités
de
Protection
Civile
et
du
Centre
d’Action
des
Mines.
La
tension
est
encore
palpable
entre
les
communautés
:
Les
jeunes
Bosniaques
revenus
à
Srebrenica
déclarent
être
victimes
d’intimidations
et
de
provocations
de
la
part
d’une
partie
des
Bosno-Serbes
de
la
ville.
Interrogé
sur
ces
provocations,
le
maire
de
la
ville
Abdurahman
Malki
? membre
du
SDA
(3)
se
veut
rassurant
dans
ses
propos
: «
Il
est
vrai
que
la
communauté
bosniaque
est
parfois
provoquée
par
une
minorité
de
Bosno-Serbes
mais
la
situation
a tendance
à
s’améliorer.
»
Le
docteur
Radomir
Pavlovi
?,
président
du
conseil
municipal
et
membre
du
SDS
(4)
est
moins
rassurant
en
admettant
que
: «
La
sécurité
n’est
pas
véritablement
assurée
pour
les
Bosniaques
qui
sont
de
retour
a Srebrenica.
Une
partie
des
Bosno-Serbes
leur
fait
clairement
comprendre
qu’ils
ne
sont
plus
les
bienvenus.
»
Les
jeunes
Bosno-Serbes
de
la
ville
n’ont
pas
la
même
visions
de
la
situation.
Marco
et
ses
amis,
jeunes
Bosno-Serbes
de
16
ans
déclarent
: «
Nous
ne
côtoyons
jamais
les
Bosniaques
car
ils
nous
haïssent.
Les
Bosno-Serbes
sont
les
vraies
victimes
de
la
guerre
et
la
communauté
internationale
ne
veut
pas
les
aider.
C’est
aujourd’hui
le
même
problème
au
Kosovo
où
les
Serbes
sont
attaqués
alors
qu’ils
veulent
seulement
se
défendre
des
terroristes
albanais.
Le
massacre
de
1995
est
exagéré
par
les
médias
pour
faire
du
tort
à
la
communauté
serbe.
La
paix
est
impossible.
».
Ces
jeunes
s’expriment
comme
s’ils
récitaient
fièrement
une
leçon
apprise
par
cœur.
Il
est
indéniable
qu’ils
sont,
au
même
titre
qu’une
majeure
partie
des
Bosno-Serbes
endoctrinés
par
une
propagande
médiatique
qui
a eu
une
influence
considérable
sur
les
événements
avant,
pendant
et
après
la
guerre.
Les
médias
bosniaques
et
croates
étaient
aussi
manipulés
mais
dans
une
moindre
mesure
comparé
à
l’instrumentalisation
médiatique
serbe
qui
avait
pour
objectif
la
démonisation
des
autres
communautés
ainsi
que
la
réécriture
de
l’histoire.
En
ce
sens,
les
innombrables
et
douteux
«
parallèles
historiques
»,
les
créations
d’oppositions
simples,
la
désignation
claire
des
adversaires,
les
phrases
choc
et
les
mots
bien
affûtés
ont
véritablement
préparé,
jour
après
jour,
l’opinion
publique
à
l’éclatement
et
à
la
justification
du
conflit.
A Srebrenica,
l’effet
est
accentué
par
le
manque
d’éducation
d’une
grande
partie
des
habitants.
Il
y a
derrière
cette
propagande
certains
partis
politiques
nationalistes
dont
la
soif
de
pouvoir
et
d’argent
suffisent
à
manipuler
toute
une
communauté.
L’exemple
le
plus
flagrant
est
celui
de
Milosevic
qui
contrôla
la
quasi-totalité
des
médias
serbes
pour
assouvir
son
incommensurable
soif
de
pouvoir
(5).
Une
économie
au
plus
bas
et
discriminatoire
: Avant
la
guerre
Srebrenica
comptait
parmi
les
5 premières
villes
de
Bosnie-Herzégovine
en
matière
de
productivité
et
de
niveau
de
salaire.
Sa
bonne
santé
se
basait
sur
la
richesse
et
la
transformation
des
minerais
ainsi
que
la
fabrication
de
métal.
Il
y a
aujourd’hui
85%
de
chômeurs
à
Srebrenica
et
90%
des
habitants
vivent
en
dessous
du
seuil
de
pauvreté.
La
situation
économique
qui
a continué
de
se
détériorer
depuis
1996
est
aujourd’hui
comparable
à
celle
de
1960
(6)
. Les
problèmes
actuels
de
Srebrenica
sont
dans
une
certaine
mesure
relatifs
à
toute
la
Bosnie
Herzégovine
qui
doit
faire
face
aux
conséquences
d’un
conflit
ainsi
qu’à
une
délicate
transition
d’une
économie
socialiste
vers
une
économie
de
marché.
La
quasi-totalité
des
entreprises
a été
détruite
durant
la
guerre
et
il
est
depuis
très
difficile
de
trouver
des
investisseurs.
La
discrimination
et
la
corruption
sont
monnaie
courante
autant
dans
le
secteur
public
que
privé
qui
sont
étroitement
connectés
avec
les
partis
politiques
nationalistes
serbes.
Un
exemple,
La
compagnie
forestière
de
la
ville
emploie
exclusivement
des
Bosno
Serbes.
Les
privatisations
qui
sont
à
l’initiative
du
gouvernement
de
la
République
Serbe
sont
réalisées
sans
transparence
et
les
nouveaux
propriétaires
sont
généralement
des
personnes
très
proches
du
SDS.
Les
entreprises
privatisées
ne
stimulent
pas
l’économie
locale
et
n’offrent
pas
les
emplois
espérés
(7)
. Enfin,
l’économie
locale
reçoit
de
moins
en
moins
d’aides
du
gouvernement
de
la
République
Serbe
et
cela
depuis
1999,
date
où
la
mairie
est
revenue
au
SDA.
Le
PNUD
(Programme
des
Nations
Unies
pour
le
Développement)
: une
présence
peu
efficace
:
Financé
par
l’aide
internationale
et
par
la
République
Serbe
de
Bosnie-Herzégovine
le
PNUD
fut
mis
en
place
en
2002
pour
les
municipalités
de
Srebrenica,
Bratunac
et
Milici.
Il
est
composé
de
quatre
axes
:
La
réforme
des
institutions
locales
avec
le
souci
de
placer
les
citoyens
au
centre
des
décisions
budgétaires
de
leur
municipalité.
Le
développement
civil
pour
améliorer
la
représentation
des
citoyens
auprès
de
leur
municipalité.
Le
développement
économique
avec
une
série
de
mesures
pour
relancer
l’emploi
et
la
productivité.
Le
développement
des
infrastructures
avec
le
financement
de
la
reconstruction
des
routes,
de
la
remise
en
place
du
réseau
électrique
et
d’eau
potable.
Alexandre
Priéto,
chef
du
programme,
souligne
l’insuffisance
des
moyens
financiers
nécessaires
au
suivi
de
chaque
projet.
L’aide
internationale
a tendance
à
diminuer
et
le
financement
du
programme
jusqu’en
2005
n’est
pas
assuré.
Le
maire
et
le
président
du
conseil
municipal
s’accordent
pour
dénoncer
le
manque
d’efficacité
de
ce
programme
dont
ils
attendaient
beaucoup.
Selon
eux
celui-ci
n’a
été
concret
que
dans
la
reconstruction
des
voies
de
communications.
Dix
ans
après
le
massacre,
au
vu
de
la
situation
très
préoccupante
de
Srebrenica,
nous
pouvons
nous
demander
s’il
y a
une
réelle
volonté
politique
pour
la
réhabilitation
de
Srebrenica.
Hakija
Meholjic,
conseiller
municipal
de
la
ville,
a déclaré
le
26
mai
dernier
dans
le
quotidien
bosniaque
Oslobodjenje
au
sujet
de
la
situation
de
Srebrenica.
: «
Les
directions
du
SDA
et
du
SDS
voudraient
en
finir
avec
Srebrenica.
Les
Bosno
Serbes
la
quittent
volontairement
et
les
Bosniaques
n’y
rentrent
pas.
Les
uns
et
les
autres
le
font
parce
qu’à
Srebrenica
ils
n’ont
pas
de
quoi
vivre.
Les
autorités
ont
peur
de
voir
Srebrenica
revivre
et
les
fonctionnaires
locaux
exécutent
leurs
ordres
pour
beaucoup
d’argent.
Plus
tôt
elle
deviendra
une
ville
fantôme,
celle-là
même
où
une
catastrophe
planétaire
a eu
lieu,
plus
vite
elle
sera
oubliée.
C’est
la
volonté
des
partis
au
pouvoir
pour
lesquels
Srebrenica
a été
un
objet
de
trafic
et
de
la
communauté
internationale
qui
est
responsable
du
martyre
des
habitants
durant
la
guerre.
».
Radomir
Pavlovi
? pense
lui
aussi
que
«
Les
dirigeant
du
SDS
et
du
SDA
ne
font
rien
pour
améliorer
la
vie
des
habitants
à
Srebrenica
et
que
la
ville
va
mourir
à
petit
feu.
»
En
1995,
Srebrenica
a connu
la
terreur
qui
a détruit
la
vie
de
milliers
de
Bosniaques
et
qui
n’a
pas
pour
autant
amélioré
la
vie
de
la
communauté
serbe.
La
pauvreté
des
habitants
ne
connaît
pas
de
frontières
communautaires.
La
situation
ne
profite
qu’à
une
poignée
de
responsables
politiques
et
économiques
qui,
entre
démagogie
et
corruption,
gagnent
à
ce
qu’elle
n’évolue
pas
réellement.
(
autorizzazione
alla
riproduzione
concessa)